L’étrange bibliothèque d’Haruki Murakami

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« En écrivant cette critique et cette ‘analyse’, je me rends compte que cette lecture m’a finalement beaucoup plu, car elle m’a forcée à me poser des questions, à prendre le temps d’analyser chacun des éléments de l’histoire pour déboucher sur une théorie. (…) Je ne mettrai cependant pas de note. Car je ne peux qualifier cette lecture. »

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« Entre rêve et cauchemar, Haruki Murakami nous livre une nouvelle inédite, hypnotique, grinçante, superbement mise en image par la talentueuse illustratrice allemande Kat Menschik, qui restitue à merveille l’inquiétante étrangeté de l’univers du maître. »

⇢ FICHE TECHNIQUE

Titre original : Fushigi Na Toshokan
Titre : L’étrange bibliothèque
Auteur : Haruki Murakami
Illustratrice : Kat Menschik
Editeur : Belfond
Genre : fantastique, littérature étrangère
Parution : novembre 2015
Nombre de pages : 58

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⇢ QUATRIEME DE COUVERTURE

Je m’assis sur le lit, m’enfouis le visage dans les mains. Pourquoi devrais-je subir une telle épreuve ? Alors que j’étais simplement venu à la bibliothèque emprunter des livres !

« Dites-moi, monsieur l’homme-mouton, fis-je. Pour quelle raison le vieil homme veut-il m’aspirer le cerveau ?

– Eh bien, lorsque le cerveau es bourré de savoir, il est particulièrement délicieux. Nutritif et consistant. Bien crémeux, riche en pulpe. »

⇢ AVIS

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NADEGE

Haruki Murakami est un auteur que j’apprécie énormément depuis ma lecture de sa trilogie ‘IQ84’ il y a 3-4 ans maintenant. Dès que j’ai vu l’annonce pour la publication d’une nouvelle portant le titre ‘L’étrange bibliothèque’, j’ai guetté les rayons de ma librairie fétiche jusqu’à ce que je puisse enfin l’acheter. Il a finalement patienté un tout petit peu dans ma bibliothèque, car je voulais d’abord terminer ma précédente lecture et il faut, de plus, que je sois dans un certain état d’esprit pour le lire. Ca été chose faite, par deux fois ! Car, j’ai eu besoin de deux lectures pour vraiment comprendre cette histoire et je ne suis même pas sûre d’avoir saisi pleinement le sens de cette nouvelle.

Cette lecture est déroutante et après mes deux lectures, je ne sais toujours pas dire si cette nouvelle m’a plu ou non. Ce qui est une grande première avec cet auteur. Il en faut, cependant, bien une.
J’ai cependant retrouvé la patte de l’auteur : un univers qui semble rattaché à la réalité, mais qui sort totalement de ce cadre par des éléments très excentriques, irréels. C’est un voyage presque merveilleux qu’Haruki Murakami nous offre ici, avec un labyrinthe, un homme-mouton, une petite fille muette. Ca reste cependant un voyage très étrange.

Le principe de la nouvelle, est comme on le sait, une histoire courte (définition très simpliste, je vous l’accorde). Autant dire, qu’on y est totalement avec ‘L’étrange bibliothèque‘. Je regrette cependant cette caractéristique de l’histoire. La fin arrive beaucoup trop vite à mon goût : on apprend trop peu de chose sur le nœud de l’histoire, le pourquoi-du comment… J’ai trouvé le retour à la normal un peu trop brusque, avec qui plus est la disparition de quasi tous les personnages (je tais cependant le comment !). J’ai eu un goût de trop peu à la fin de mes lectures.

Autre caractéristique de cet ouvrage, et qui m’a indéniablement plu : les illustrations de Kat Menschik, qui sont d’une incroyable beauté, et donnent une réelle profondeur à l’histoire. Je suis partie d’ailleurs à la recherche des marques-pages promotionnels (j’en ai pour l’instant deux sur les quatre, si vous passez par ici, que vous en avez et que vous ne souhaitez pas les garder, je suis preneuse !).

Mon avis sur l’ouvrage en lui-même s’arrête ici. Celui-ci est court mais j’aimerais m’étendre un peu plus sur le sens-même de l’histoire. Je disais plus haut que celui-ci m’échappait. J’ai cependant essayé de déchiffrer tout ça et voici donc mes petites conclusions (ne lisez pas si vous ne souhaitez pas connaître l’histoire avant de l’avoir lue !).

Dans un premier temps, j’aimerais faire mention de ce passage :

« Si elles (les bibliothèques) se contentaient de fournir des connaissances pour rien, quel serait leur bénéfice ? » (p. 26)

Pour moi, c’est le nœud de l’histoire : le narrateur est emprisonné dans une cellule située dans les sous-sols de la bibliothèque. Il est obligé par le vieil homme à lire trois ouvrages très difficiles (on en convient que le prélèvement des impôts dans l’empire ottoman n’est pas un des sujets les plus évidents / et des plus intéressants non plus pour ma part !) et à les connaître par cœur. Le narrateur est très docile et se plonge donc dans la lecture des trois imposants volumes. L’obéissance est un point que je mentionnerai à nouveau plus tard.

L’acquisition de ces nouvelles connaissances trouve écho avec l’intervention de l’étourneau du narrateur qui le sauve lui, ainsi que l’homme-mouton du chien et du vieil homme à la fin de l’histoire. En effet, celui-ci gonfle alors qu’il se trouve dans la gueule du chien, au point de briser sa mâchoire et de chasser le vieil homme. Une image métaphorique pour l’apprentissage de nouveaux savoirs.

D’ailleurs, ces deux ‘personnages’ (j’entends bien le chien et le vieil homme) sont pour moi ce qui symbolisent les peurs du narrateur. Il s’est fait attaquer par le chien dans le passé et le vieil homme est celui qui l’a emprisonné.
Ses connaissances lui permettent de chasser ses personnages et donc ses peurs mais également de grandir. Un autre passage me fait penser ainsi également :

« Et que, depuis tout petit, j’avais été éduqué à me rendre à la bibliothèque et à y faire des recherches dès que j’ignorais quelque chose. » (p.12)

Le narrateur a toujours été un enfant obéissant, respectueux : il respecte l’heure de repas, les délais de prêt des livres qu’il emprunte…
Le fait d’avoir été emprisonné et sa volonté de s’échapper l’aident à sortie de cette prison, et donc à grandir également.

Le dernier point que j’aimerais soulever concerne l’image du labyrinthe mais également de la cellule où est enfermé le narrateur. Le labyrinthe représente, pour moi, les différents chemins de vie qui s’offrent au narrateur. En décidant de s’échapper, d’emprunter tel chemin, le narrateur fait tel choix de vie : d’affronter ses peurs, de grandir.
La cellule représente quant à elle, la maman du narrateur. Il explique lui-même que depuis son attaque avec le chien, sa maman est très inquiète dès qu’il est en retard. Elle plonge parfois dans des états très bizarres (dépression ? Le mot n’est pas clairement dit). S’échapper de sa cellule, c’est s’échapper de la pression de sa maman.

Pour moi, la nouvelle tourne autour de ce sujet : grandir, en faisant l’acquisition de nouvelles connaissances notamment. D’acquérir également une certaine forme de liberté. Et le décor choisi n’est pas anodin : la bibliothèque, est d’une certaine manière, un temple où tous les savoirs sont entreposés.

Voici donc mon analyse de cette très étrange histoire. On peut, à mon avis, aller beaucoup plus loin mais après deux lectures, ce sont les éléments qui m’ont marquée et que je souhaitais soulever.

Quant au choix des sujets abordés (comment construire un sous-marin, le prélèvement des impôts dans l’empire ottoman…), ils me rendent très curieuse. Serait-ce une facette représentant l’intérêt de l’auteur ?

En écrivant cette critique et cette ‘analyse’, je me rends compte que cette lecture m’a finalement beaucoup plu, car elle m’a forcée à me poser des questions, à prendre le temps d’analyser chacun des éléments de l’histoire pour déboucher sur une théorie. Cependant, je tiens à dire que celle-ci est strictement personnelle et je me fais peut-être des idées sur quelque chose d’inexistant. Je ne mettrai cependant pas de note. Car je ne peux qualifier cette lecture.
Je vous laisse donc vous forger votre propre avis. Je terminerai donc cette critique en posant cette simple question : cette histoire n’est-elle pas un rêve éveillé ? Les personnes qui ont lu cette nouvelle devraient comprendre !

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