Les silences de la guerre de Claire Fourier

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★★★☆☆ (2,5/5) — « Je garderai de ce livre le souvenir d’un essai joliment écrit sur la peinture de Caspar David Friedrich, et d’une comparaison de tout instant entre la Bretagne et la Baltique, mais souhaitant lire une histoire d’amour ‘classique’, j’ai été plutôt déçue. »

Les silences de la guerre

« Un texte écrit sur la pointe des mots et des sentiments. » — Paris Match

⇢ FICHE TECHNIQUE

Titre : Les silences de la guerre
Auteur : Claire Fourier
Editeur : Point
Genre : littérature française, historique, romance
Parution : 25 février 2016 (première parution par Dialogues.fr le 05 janvier 2012)
Nombre de pages : 192

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Finistère, 1943. Glaoda et son père sont contraints d’accueillir un officier allemand dans leur maison. Affecté à la construction du Mur de l’Atlantique, l’homme n’adhère pas au régime nazi. Contre toute attente, cette cohabitation forcée rapproche les ennemis et les invite à se comprendre. En tombant tout doucement amoureuse de l’officier, Glaoda dit non à la guerre et choisit de résister à sa manière…

⇢ AVIS

8
MARION
Note : ★★★☆☆ (2,5/5)

Les avis que j’ai pu lire en refermant ce livre sont généralement très partagés, et rarement nuancés.
L’histoire se passe dans un coin que je connais, et se déroule pendant une période de l’Histoire qui me passionne. Comme le résumé l’annonce clairement, la romance est tout ce qu’il y a de plus classique, tout est cousu de fil blanc et finalement, on sait ce qui va se passer puisque c’est écrit noir sur blanc. Sur ce point-là, je n’ai pas été déçue, c’est ce que je voulais lire.
Le reste, par contre, m’a un peu plus dérangée.

Tout d’abord le style. Très joli certes, mais aussi -à mes yeux bien sûr- très académique, professoral, et surtout très plat. Une belle écriture c’est bien, mais il faut tout de même réussir à capter l’attention du lecteur, ce qui n’a pas du tout été mon cas ici : si certains passages sont agréablement contés par une très belle plume et nous apprennent des détails peu connus sur l’Allemagne, d’autres (la plupart) m’ont cependant semblé froids et presque impersonnels. Comme si l’héroïne constatait sans passion l’histoire de quelqu’un d’autre plutôt que la sienne, et que l’officier allemand cherchait à retrouver ses souvenirs d’Allemagne et noyait son mal du pays dans l’amour rafraîchissant de cette française mignonnette. Comme si également l’auteure faisait un plaidoyer tout au long du livre pour la paix (ce qui est une bonne chose, évidemment !), mais au détriment du côté humain et émotionnel des gens qui peuplent cette histoire. La mécanique même de la romance m’a paru très… mécanique justement. Très carrée et implacable.

Ce qui m’amène au second point : je n’ai pas réussi à me rapprocher des personnages. Ils étaient pour moi enfermés dans leur bulle, et j’avais beau faire l’effort de m’intéresser à eux et à leur histoire, je ne suis jamais vraiment parvenue à y entrer. Comme s’ils vivaient sous mes yeux sans jamais parvenir à capter mon attention.
Je me suis même surprise à sauter des dialogues tant la naïveté de Glaoda m’a agacée, et tant les considérations philosophiques des uns et des autres et les longues dissertations de l’officier allemand sur ses goûts artistiques (notamment sa passion pour le peintre Caspar David Friedrich) et sur sa nostalgie du pays m’ont paru soporifiques. J’avais parfois plus l’impression de lire un essai sur les arts ou la philosophie allemands qu’un roman. C’est intéressant certes, mais ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais, ni ce que je recherchais.

Enfin le dernier point. Du détail peut-être, mais pour la passionnée que je suis de cette période de l’Histoire de France (peut-être ne suis-je par conséquent pas très objective ?), cela m’a dérangée.
Ce livre est dédié à Jean Bruller, dit Vercors, et se veut une version utopiste et plus pacifiste de sa célèbre nouvelle ‘Le silence de la mer’. Le lien entre les deux récits est cependant, je trouve, relativement osé, puisque le pilier même de celui de Vercors est la Résistance à l’occupant, tandis que celui de Claire Fourier en est l’exact opposé, à savoir l’ouverture vers l’autre et la collaboration (certes amoureuse, mais collaboration tout de même).
Ce simple changement d’élément central remet logiquement toute l’histoire et ce qui en découle en question, et je trouve le dénigrement de l’une au profit de l’autre plutôt facile si l’on ne remet pas les choses dans leur contexte.

Petit Rappel historique :
Vercors a été lui-même résistant ; son livre a été rédigé en 1941, soit en plein pendant la période d’Occupation, et est dédié au poète français Saint-Pol-Roux, décédé fin 1940 des suites d’une agression à son domicile par un soldat allemand.
Sous la lumière de ces précisions, il me semble personnellement tout à fait logique que Vercors ait fait de ce livre ‘un livre de propagande’ comme l’a appelé Claire Fourier, et que son héroïne fasse montre de réticence envers l’officier allemand qui loge chez elle. Il s’agit là du livre d’un résistant, écrit au cœur de la période concernée, et donc fortement influencé par les pensées et actions de l’auteur envers une situation qu’il vivait lui-même au quotidien (il hébergeait en effet un officier allemand sous son toit).

L’histoire de Claire Fourier se veut donc, du propre aveux de l’auteure elle-même, une réponse ‘version femme’, à un livre écrit par Vercors quelques soixante ans plus tôt, dans une toute autre situation. L’idée de base est à mon avis un très bon point de départ, mais je suis désappointée par le résultat : il eut fallu réduire les longueurs de l’intérêt béat de Glaoda, les monologues interminables et parfois un peu redondants de l’officier allemand, et donner plus de place au côté humain des personnages.
Je garderai de ce livre le souvenir d’un essai joliment écrit sur la peinture de Caspar David Friedrich, et d’une comparaison de tout instant entre la Bretagne et la Baltique, mais souhaitant lire une histoire d’amour ‘classique’, j’ai été plutôt déçue.

⇢ ACHETER

Poche — Amazon, Fnac (6,50€)

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