D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

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★★★★★ (5/5) — COUP DE ♥ — « C’est une lecture que j’ai littéralement adorée ! Je me suis fait happer par l’histoire. Celle-ci est présentée, par la narratrice, comme un récit de vie raconté dans l’ordre chronologique. Mais il démontre également l’emprise de plus en plus forte de L. sur la narratrice, ce qui a rendu ma lecture encore plus tendue, plus angoissante et plus prenante. »

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Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s’aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d’une époque fascinée par le Vrai.

⇢ FICHE TECHNIQUE

Titre : D’après une histoire vraie
Auteur : Delphine de Vigan
Editeur : JC Lattès
Genre : autobiographie, littérature française, thriller psychologique
Parution : août 2015
Nombre de pages : 478
Distinction : Prix Renaudot et Prix Goncourt des Lycéens

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⇢ QUATRIEME DE COUVERTURE

« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L.
L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser.»

⇢ AVIS

8
NADEGE
★★★★★ (5/5)
COUP DE ♥

Ce roman me faisait de l’œil depuis un petit moment maintenant, je le regardais chaque fois que je me rendais dans une librairie. J’ai donc profité de l’occasion, que la bibliothèque où je travaille en ait fait l’acquisition pour l’emprunter et le lire durant mes congés.

Je connaissais l’auteure de nom, mais je ne l’avais jamais lue jusqu’à aujourd’hui. Et je suis ravie de m’être penchée sur ce roman, car c’est véritablement mon dernier coup de cœur pour l’année 2015. Un roman (ou autobiographie ?) passionnant et angoissant, dont j’ai eu beaucoup de mal à me détacher lorsque je le devais.

Petit avertissement, pour toute personne qui lirait ceci : cette critique risquerait peut-être de dévoiler certains éléments assez importants de l’histoire. Si vous souhaitez conserver la surprise jusqu’au bout, je vous conseille de stopper votre lecture ici. Mais si vous venez à le lire, n’hésitez pas à revenir ici et à me donner votre propre avis !

Le récit est à la première personne, et met en scène une auteure au lendemain du succès de son dernier roman, un récit autobiographique. Je n’ai pas souvenir qu’il y ait mention de l’identité de la narratrice mais j’ai supposé qu’il s’agissait de Delphine de Vigan elle-même.
Une fois que l’on se fait à cette idée, je trouve que l’histoire est encore plus prenante, car on a l’impression d’entrer dans l’intimité de l’écrivain. C’est d’une manière assez malsain, mais on se laisse aller à découvrir les révélations que l’auteure nous livre au fil du roman.

La narratrice décide de nous livrer ici une partie de sa vie, celle où L. s’est invitée, y a laissé son empreinte avant de disparaître sans laisser de traces ailleurs que dans l’âme de l’auteure. Dès le départ, j’ai vu d’un mauvais œil l’arrivée de cette femme, l’exacte moitié de l’auteure, partageant avec elle mille et un points communs (c’est d’ailleurs parfois trop prévisibles pour être vrais). Une amitié et une confiance s’installent au fur et à mesure des jours. L. devient un élément indispensable à la vie de la narratrice, alors qu’elle devient, à nos yeux de lecteurs, toxique pour elle, mais sans que celle-ci ne s’en rende compte elle-même. L. évolue dans l’ombre, ne côtoyant jamais les proches de la narratrice, mais montrant un très grand intérêt pour eux cependant, se présentant ainsi comme une amie compréhensive, fiable et agréable.

Tandis que L. se fait de plus en plus présente dans la vie de la narratrice, celle-ci se perd : dans sa vie, dans l’écriture. Ses projets de roman n’aboutissent pas car elle ne parvient pas à les concrétiser. Elle perd de jour en jour l’envie d’écrire, et devient totalement dépendante de L. A partir de là, j’ai vraiment eu très peur pour la narratrice, car l’emprise de L. sur elle était plus que totale et je me suis vraiment demandée comment cela allait se terminer pour elle : allait-elle savoir se détacher d’elle ou allait-elle plonger jusqu’au bout ? Je n’en dévoile pas plus, mais la fin était très surprenante et parfaite pour moi. J’ai d’ailleurs souris de malice à de nombreuses reprises, face aux rebondissements que l’auteure a imaginés.

C’est une lecture que j’ai littéralement adorée ! Je me suis fait happer par l’histoire. Celle-ci est présentée, par la narratrice, comme un récit de vie raconté dans l’ordre chronologique. Mais il démontre également l’emprise de plus en plus forte de L. sur la narratrice, ce qui a rendu ma lecture encore plus tendue, plus angoissante et plus prenante. Pour dire vrai, je ne m’attendais pas à autant aimer ce roman, mais le résumé m’en avait donné tout de même une idée !

En plus d’avoir adoré ma lecture, je me suis également posée de nombreuses questions en rapport avec le récit, et donc avec le titre, puisqu’ils sont tous deux liés. Et finalement avec la petite marque finale, imprimée sur papier : ce FIN*.

Commençons par le titre ‘D’après une histoire vraie’. Celui-ci, je suppose, n’a pas été choisi par hasard, et annonce que l’on a affaire ici à une histoire biographique.
Dès lors, pourquoi la couverture porte-t-elle la mention de ‘roman’ ? S’agit-il bien d’un roman ou d’une pure autobiographie ? Un mystère que l’auteure laisse planer jusqu’au bout et qui fait directement écho aux grands débats abordés tout au long de l’histoire : « Pourquoi crois-tu que les lecteurs et les critiques se posent la question de l’autobiographie dans l’œuvre littéraire ? Parce que c’est aujourd’hui sa seule raison d’être : rendre compte du réel, dire la vérité. Le reste n’a aucune importance. » (p. 187). Cette citation représente la pensée de L., pour qui, le futur de la littérature est représenté par l’autobiographie. Tout le contraire de la narratrice, pour qui la fiction et l'(auto)biographie sont étroitement liées. Je ne retrouve pas la(les) citation(s) exacte(s), mais c’est ce que j’ai compris de ses avis intervenus tout au long du roman. Donner ce titre et étiqueter ce livre ‘roman’, ne serait-ce pas une manière de conclure ce débat ?

Le récit, ensuite. La narration à la première personne, la proximité que l’on suppose entre l’auteure Delphine et la narratrice… font que l’on a réellement l’impression d’être face à une histoire VRAIE. Je me suis personnellement laissée prendre par l’histoire (et je me suis peut-être faite avoir, qui sait !). Cette question du VRAI est également débattue en long, en large et en travers dans le récit. C’est quelque chose que l’auteure a voulu aussi mettre en avant à travers ces deux éléments (récit + titre), je pense.

Finalement, cette marque imprimée : FIN*. Mon dernier grand questionnement sur l’histoire. On apprend durant notre lecture, que celle-ci est la trace de L. dans les livres qu’elle écrit, au nom des personnalités qu’elle représente. Car L. est une nègre, c’est-à-dire un auteur qui écrit pour le compte d’autres ‘auteurs’ (des chanteurs, des acteurs…). Ainsi, les autobiographies de ce genre de personnalités, ne sont jamais écrites par elles, mais bien par des écrivains œuvrant dans l’ombre. On peut, dès lors, se demander si cette histoire, ne serait pas la biographie de l’auteure (narratrice) écrite par L. ? Ce récit envoyé à l’éditrice de l’auteure, et qui était « merveilleux et périlleux » ? Ou serait-ce un clin d’œil à ce personnage ? Une manière de conclure cette relation entre les deux ?

Comme je l’ai dit plus haut, la fin est assez surprenante et je me suis également demandée si toute cette histoire avait réellement eu lieu dans la vie de la narratrice ? Si elle n’avait pas imaginée tout ceci ? Là aussi, l’auteure laisse planer le doute, avec beaucoup de talent.

Bon, je l’avoue, je suis un peu déçue de ne pas avoir de vraies réponses à mes questions (je vais peut-être suivre de près les interviews de Delphine de Vigan). Mais d’une certaine manière, cela permet de garder cette aura de mystère autour de L. et autour de cette histoire.

Finalement, dernier élément sur lequel je souhaiterais revenir et que j’ai beaucoup apprécié, c’est le grand questionnement autour de la littérature : ce qu’elle est aujourd’hui, le rôle de l’écriture, le devoir de l’auteur vis-à-vis des lecteurs… De longs débats rythment le récit et j’ai trouvé vraiment intéressant d’avoir le point de vue d’un écrivain à travers la narratrice.

Pour conclure, je comprends que ce livre ait reçu le prix Renaudot et le prix Goncourt des Lycéens. C’est une très belle découverte livresque pour moi. Et je suis contente d’avoir conclu mon année 2015 avec cette lecture.

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2 commentaires

  1. J’ai extrêmement envie de lire ce roman ! Très bonne chronique !

    Si tu n’as rien lu d’autre de l’auteure, je te conseille de tout mon coeur No & moi, qui est vraiment excellent 🙂

    Reply
    • Merci beaucoup ! Je te conseille de te laisser tenter très vite, il est à lire absolument ! 😉
      Non, il s’agissait de mon premier roman de cette auteure ! Je pense me laisser tenter par un autre de ses livres très bientôt, je prends donc bien note de ton conseil ! 😉

      Reply

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